Découvrez en exclusivité les premières pages de « What The Fuck ! » par Dana Roccia !

Prologue
Un vacarme assourdissant m’arrache à mon sommeil, et surtout, à mon rêve de luxure aussi déstabilisant qu’agréable. La lumière me brûle les yeux. Un marteau piqueur vient d’élire domicile dans mon crâne. Une nausée fulgurante finit par me mettre à terre, effaçant le plaisir de mes songes. Littéralement. Me voilà en train d’avancer à quatre pattes pour tenter de rejoindre les toilettes adjacentes sans encombre.
Sur le trajet, ma main se pose sur un objet visqueux. Mon cœur rate un battement lorsque je porte mon attention sur ladite chose qui ne devrait pas joncher le sol de ma chambre. Pas après la caisse que je viens de me mettre. Ça ne peut pas… si, si, un putain de préservatif, et loin d’être vide ! Mon haut-le-cœur est si violent que je me redresse pour terminer les quelques mètres qui me séparent de la cuvette et déverse le contenu de mon estomac.
Putain, j’ai couché avec un gars à la soirée d’hier, il ne s’agissait pas d’un rêve ! Quelle affreuse idée, cette fête de retrouvailles avant la reprise ! J’avais voté pour un film entre filles et du popcorn, pas pour transformer notre salon en club privé. La rentrée est dans deux jours, je ne suis même pas certaine de m’être remise de ma cuite d’ici là. L’une de mes colocs saurait-elle avec qui je me suis isolée dans cette satanée chambre ? Faut-il encore que j’aie le courage de demander.
En effet, il n’y a que trois possibilités, dont le petit ami de ma coloc, Sonia. Lui, je peux d’ores et déjà le rayer de ma liste. Je suis peut-être une dépravée aux yeux de mon entourage, mais pas au point de trahir mes copines. Il ne reste donc que le voisin de notre colocation sur qui Cynthia a des vues – un étudiant en art qui a été invité à la dernière minute – et le frère de Marine, ma meilleure pote. Il est aussi ami avec mon aîné et étudie dans la même université que lui.
L’un ou l’autre, ça reste inacceptable. Pas parce que mon frère va péter un câble ou parce que ma pote va me haïr, mais bien parce que j’ai couché, dans tous les cas, avec un enfoiré de première. Aucun des deux n’est particulièrement agréable avec moi. Mon seul espoir ? Qu’il ne se rappelle plus mon identité, lui non plus.
Bon sang, dans quoi me suis-je encore fourrée ?
La tête en vrac, les jambes en coton, je me masse l’estomac, le dos appuyé contre la faïence qui recouvre les toilettes, puis ferme les paupières. Je n’ai même pas la force de ramper jusqu’à mon lit. Une mélodie vient aggraver mon mal de crâne. C’est alors que je percute. Il s’agit de la sonnerie du portable de Cynthia, l’une de mes colocs, qui m’a réveillée quelques minutes plus tôt. Il sonne en continu dans le salon adjacent, diffusant une musique d’Aya Nakamura qu’elle déteste. Une blague idiote que j’ai voulu lui faire hier soir, mais qui vient de se retourner contre moi.
Foutu karma…
Aucun autre son ne résonne dans l’appartement. Il semblerait que je ne sois pas la seule à me trouver entre la vie et la mort. Note à moi-même : ne pas oublier de tuer Marine pour cette idée de soirée. Cependant, avant ça, je vais essayer de survivre…
Chapitre 1
Je suis en vie !
— Putain, déjà la rentrée.
Je relève la tête de mes bras, eux-mêmes déposés contre le retour-bar qui sépare la cuisine ouverte du salon, quand Marine déboule du couloir. Tout en soupirant, elle s’échoue sur le tabouret près de moi. Ses interminables cheveux blonds sont en pétard, et son pyjama Betty Boop délavé en dit long sur son état d’esprit. J’aurais pu me moquer d’elle si j’en avais la force. Malheureusement, je suis d’humeur massacrante. Je n’ai ni digéré l’alcool de notre dernière soirée ni retrouvé la mémoire au sujet du jeune homme qui a enfilé ce préservatif dans ma chambre. De quoi blesser l’ego de mon amant mystère.
Cela dit, j’ai souvenir d’avoir pris mon pied, c’est déjà ça !
Rassure-toi comme tu peux, Louise, ça reste embarrassant comme situation.
J’assume et admets avoir des plans cul de temps à autre, mais jamais ô grand jamais, je n’ai couché avec quelqu’un en étant autant ivre morte, et au point de ne plus m’en rappeler. Je ne suis pas dingue, d’ordinaire, je reste vigilante. Je ne tiens pas à ce que l’on me retrouve éventrée dans une ruelle sombre des quartiers de Toulouse.
— Cynthia et Sonia ne sont pas levées ?
J’enfonce mon menton dans ma paume, puis agite mon visage de gauche à droite pour simple réponse.
— Oh, toi, tu fais la gueule, s’amuse Marine en tirant sur mon avant-bras qui tenait ma tête. Tu n’as toujours pas décuvé ?
Je marmonne dans ma barbe quelques mots inaudibles tandis qu’elle ajoute :
— Même si vous m’avez manqué, je n’ai pas envie de reprendre les cours. Fait chier ! J’étais bien en vacances dans ma famille à Albi, puis près de l’océan à mater et à…
— En même temps, rétorqué-je, blasée, pour couper court à sa rêverie, tu suis deux cursus. Qui est assez dingue pour faire une chose pareille ? À ta place, moi non plus, je n’aurais pas envie de revenir.
Soudain perdue dans ses pensées, Marine hausse les épaules. Une réaction étrange de sa part. En général, elle m’aurait balancé un pic bien sentie. Puis, ce n’est pas la première fois qu’on l’embête avec ses études. En effet, elle suit deux licences à la fois. Son pire cauchemar ? Que deux matières se chevauchent sur son planning. Chose qui arrive inévitablement chaque semestre. Le plus ahurissant ? Elle a des notes à se damner à chaque partiel, sans réellement réviser. Je crois que je l’envie.
— Je ne peux pas lâcher une des deux branches, m’avoue‑t‑elle tout à coup, le regard sombre. Et tu sais très bien pourquoi.
Je laisse mon front retomber contre mes bras posés sur le plan de travail. Oui, je le sais. Malheureusement. Pour faire court, nous suivons toutes les deux des études de langue. Elle suit les cours de japonais et d’anglais tandis que je me suis cantonnée au dialecte du pays du Soleil-Levant. Soyons honnêtes, j’ai bien peu de débouchés si on retire la traduction qui ne paie pas tellement. Ma seule porte de secours ? Devenir prof de japonais. Or, la concurrence sera rude face aux natifs qui le parlent couramment.
En ajoutant l’anglais, Marine s’offre une issue de secours. Si elle est douée pour apprendre, ce n’est pas mon cas. Non seulement je sors d’un Bac pro de secrétariat qui ne me laissait que peu de choix en matière d’universités, mais, en plus, je n’aime pas ça. J’ai donc opté pour l’une de mes passions : le Japon, en attendant de trouver une voie qui me fasse vibrer. OK, c’est vraiment idiot comme motivation.
À côté de ça, mon frère, suit des études de droit dans une fac non loin de la mienne. De quoi sauver la fierté de mes parents qui préfèrent s’épancher sur lui plutôt que sur moi.
— Au fait, bafouillé-je en me redressant, durant la fête…
Je contourne le bar pour m’approcher de la machine à café tandis que les prunelles intriguées de Marine me suivent. J’ai désormais toute son attention, comme chaque fois que nous papotons de nos soirées de débauche. Ce qui, ne mentons pas, était le cas durant notre réunion de retrouvailles.
— J’étais proche de quelqu’un ? Je ne me souviens de rien…
Marine incline la tête, nos regards se percutent, mes muscles se crispent. Alerte rouge, elle va griller qu’il s’est passé un truc pas net. Choisir la sœur de ma possible victime n’était sans doute pas l’idée du siècle. Mayday mayday, il reste encore du temps pour sauver les meubles.
— Laisse tomb…
Marine s’apprête à me couper la parole, mais Cynthia s’en charge en entrant comme une furie dans le salon. Elle nous salue en nous claquant une bise sur chaque joue. Son parfum mêlant lavande et jasmin vient me chatouiller les narines. Voici notre colocataire la plus rayonnante, le matin. La preuve, elle est déjà prête et maquillée, parée à affronter ce premier jour.
— Vous verriez vos gueules ! s’amuse-t-elle en attrapant un paquet de biscuits. Vous comptez partir avec ces tenues ?
J’admire d’un air envieux ses boucles, ainsi que sa peau brune. Nous faisons pâle figure à côté d’elle. Entre nos pyjamas de mémère, nos cheveux ébouriffés, mes frisottis roux, et nos cernes, nous ne sommes pas aussi fraîches que la rosée du matin. Loin de là.
— Je vais réveiller Sonia et me préparer, marmonné-je pour fuir la bonne humeur débordante de mon amie.
Elle n’entend jamais son réveil. Chose qui a dû arriver si je me fie à l’heure affichée sur la porte du four encastré.
Au début de cette colocation, nous n’étions que deux. Marine et moi. Nous nous sommes connues à la fac, comme nous suivions le même cursus. Malheureusement, le loyer du seul appartement que nous avons trouvé demeurait toujours bien au-dessus de nos moyens et il restait encore deux chambres vides. Nous avons donc déposé une annonce en ligne. Ainsi, nous avons rencontré Sonia, qui étudie l’Histoire de l’art, et Cynthia, qui suit des cours de japonais. Contrairement à nous, elle se trouve en dernière année, et non en seconde.
D’un geste presque habituel, alors que trois mois se sont écoulés depuis la dernière fois, je tambourine à la porte close de Sonia qui pousse un gémissement plaintif. Puis, je m’engouffre dans la salle de bains qui se trouve juste à côté. Mon reflet dans le miroir, au-dessus de la double vasque, me fige sur place. Mon Dieu, on dirait que notre fête ne date pas d’il y a deux jours, mais d’hier soir. Ma peau est pâle, plus que d’habitude, mes taches de rousseur ressortent et me complexent un peu plus. Un désastre. Mes boucles rousses ressemblent à un amas informe et frisottent dans tous les sens. Et mes cernes, on en parle ? Le bleu fait concurrence à mes iris verts qui d’ordinaire ont plutôt la côte. Contrairement à ma chevelure qui m’a apporté pas mal de moqueries durant ma jeunesse.
Bien décidée à ne pas me prendre la tête pour dompter ma crinière, je saute sous la douche et tente une touche de maquillage pour cacher ma fatigue. Puis, je fonce, enroulée dans une serviette, dans ma chambre pour dénicher de quoi me couvrir les fesses pour ce jour de rentrée.
Une fois vêtue d’un jean bleu taille haute et d’un crop-top vert, je retourne dans le salon. Marine a abandonné son pyjama Betty Boop pour enfiler une robe évasée rouge, mettant sa chevelure blonde en valeur. Sonia, elle, m’adresse un vague signe de la main en guise de salut, toujours endormie devant son café, près du bar.
— Je vous laisse, les filles, déclare Cynthia en attrapant son sac à bandoulière sur le canapé d’angle. J’ai donné rendez‑vous à des potes devant la fac dans dix minutes.
Marine lui lance un sourire de conspiratrice. De mon côté, je me tends, figée dans l’encadrement menant aux chambres. Nous savons toutes qui elle compte rejoindre. Avant, j’aurais ajouté mon grain de sel, pas aujourd’hui. Pas depuis les zones d’ombre qui assombrissent ma mémoire au sujet d’une certaine soirée.
— Dis plutôt que tu vas guetter la sortie du beau voisin pour le croiser « par hasard » et continuer le trajet en sa compagnie, déclare Sonia d’un ton endormi.
Un rictus crispé étire mes lèvres. Celui-ci ne semble pas passer inaperçu, car Marine hausse un sourcil dans ma direction, avant de reporter son attention sur Cynthia qui, par chance, possède une peau qui dissimule les rougeurs de ses joues. Mon cœur joue du tam-tam dans ma poitrine à l’idée d’avoir ne serait‑ce que touché un poil de torse de cet homme qui attire tant l’intérêt de mon amie. J’en viens à prier pour que ce soit le frère de Marine. Ou un extra-terrestre venu tout droit de Mars pour me baiser à des fins purement expérimentales.
Une idée de scénario pour un porno, ça.
Putain, Louise, tu vrilles !
Je suis dans la merde, je le sens.
Non, je le sais.
Parce que j’ai une poisse légendaire !
