Découvrez en exclusivité les premières pages de « Trapper’s Love » par Azalyne Margot !

Elle voulait fuir l’amour. Il avait juré de ne plus jamais y croire.
Quand Agate surprend son compagnon dans les bras d’une autre, tout s’effondre. Brisée, elle accepte à contrecœur un reportage en Alaska, loin de tout. Elle y rencontre Flynn, trappeur Iñupiat au charisme indomptable… Un homme capable de bouleverser tous ses repères.
Forcés de cohabiter dans une cabane isolée, ils se défient, se repoussent… avant de se découvrir.
Entre colère, attirance et renaissance, ils devront apprendre qu’en Alaska, le feu le plus dangereux n’est pas celui qu’on allume pour se réchauffer…

Agate
14 février …
Du fond de mon placard, je balance par-dessus mon épaule tout ce qui me tombe sous la main. T-shirts, chaussettes solitaires, slips, un pantalon que je n’ai pas mis depuis deux ans, voire trois ? Je m’en fous ! Je ne réfléchis plus, ça s’arrête ! Maintenant, j’agis ! L’arc-en-ciel de fringues reprend du service, s’amassant dans la valise ouverte sur le sol.
— Joyeuse Saint-Valentin, Agate ! ironisé-je, la tête plongée dans mes habits.
Ne trouvant plus rien à jeter, à part les rayonnages de l’armoire, je me retourne pour voir l’ampleur de ma frustration : une montagne de tissus multicolores. En d’autres circonstances, je l’aurais presque trouvée artistique, pourtant, pas en ce moment. Une partie de ma jeunesse s’est envolée avec cet imbécile et je ne le supporte pas ! Attention, je ne me considère pas vieille, malgré ce que répète ma mère en parlant de mon horloge biologique. J’ai vingt-huit ans et toutes mes dents ! D’accord, le jeu de mots sonne creux… comme ma vie depuis maintenant une heure et sept minutes.
Je me saisis de la partie la moins pleine de la valise, puis la rabats sur l’autre moitié. Enfin, j’essaie ! Comment l’expliquer ? Faire rentrer un Everest de vêtements dans mon bagage paraît perdu d’avance… Voilà la tentative désespérée que j’espère atteindre en moins de trente minutes. Car, oui, il me reste trente minuscules minutes avant que ce connard ne rentre !
En position semi-accroupie, mes genoux en appui sur la partie dure, je presse de tout mon poids sur le compartiment. Clairement, la masse ne bouge pas d’un poil. Je poursuis ma mission en m’asseyant carrément dessus. Me voilà chancelante sur une masse qui bouge comme un pouding. Je rebondis afin de tasser mes affaires. Une fois, deux fois, trois… je me retrouve la tête à l’envers ! J’effectue une roulade, m’écrase le nez contre le sol avec, comme couvre-chef, un vieux pull que je croyais perdu.
— Merde !
Je me redresse péniblement, empêtrée dans des tissus qui passent du stade de « haute couture » à celui de lianes. Je grogne, marmonne des choses incompréhensibles, m’accroche à l’étagère où s’alignent nos photos de vie. Je dévisage un moment ces sourires figés sur le papier glacé, n’arrivant pas à me reconnaître. Qui est donc cette femme aux cheveux blonds dont le regard pétille de bonheur ? Sans parler de cette main posée, non, accrochée au bras puissant de ce trou du c…
La sonnerie de mon téléphone interrompt mes pensées. Je bougonne tout en me dirigeant vers le coupable qui traîne sur le lit. Sur l’écran de mon Android s’affiche le numéro de mon patron. Parler à Calvin me répugne en cet instant, mais mon travail s’avère tout ce qui me reste. Je ne peux pas me permettre de le perdre aussi…
Mes paupières se ferment, j’inspire profondément pour essayer – je dis bien essayer – de trouver, au plus profond de moi, une once de calme. Ce qui n’est vraiment pas gagné !
— Bonjour, Calvin ! le salué-je agacée, réalisant que ma zen attitude s’évapore déjà.
— Agate ! s’exclame-t-il sans prêter attention à mon intonation. Je savais bien que j’arriverais à te joindre aujourd’hui.
— Que puis-je pour toi en ce jour de Saint-Valentin ?
J’espère qu’il aura compris le message. Mince, qui emmerde les gens le jour de la fête des amoureux ? À part Calvin ?
— Fais tes bagages, tu embarques pour l’article de ta vie !
— Comment ça ? questionné-je septique.
— Devine qui a été choisi pour commencer la nouvelle série de reportages ?
— Je n’en sais rien… soupiré-je en levant mon regard au ciel face à son énigme.
— Toi, évidemment ! s’enthousiasme-t-il. Je t’attends, demain matin, à sept heures, au bureau pour te remettre le billet d’avion flexible ainsi que toutes les informations dont tu auras besoin pour interviewer Flynn Johnson. Et surtout, n’oublie pas de créer ton ESTA[1], tu embarques dès que tu reçois la validation !
— Un billet d’avion ?
— Bah oui ! Comment veux-tu te rendre en Alaska ? pouffe-t-il.
— Attends ! En Alaska ?! m’écrié-je d’une voix aiguë.
— Ne me dis pas que tu n’as rien écouté de la réunion de vendredi dernier ? Le directeur nous a exposé le lancement des reportages sur les cultures à travers le monde.
Mes lèvres se tordent dans un rictus coupable. Ce jour-là, j’ai passé une partie de la réunion absorbée par mon téléphone, à chercher la tenue parfaite pour ce soir. Mon cœur balançait entre la nuisette noire très transparente ou le deux-pièces en dentelle rouge passion. Ce dîner très spécial devait célébrer l’anniversaire de notre rencontre !
Toute femme normalement constituée note les dates qui marquent la vie de son couple.
Le premier baiser, la première fois sur le lit, sur la table de la cuisine ainsi que sur le canapé : 28 février. Premier souper aux chandelles : 6 mars. Rencontre des beaux-parents : 11 avril. Première dispute, mais aussi première réconciliation sur l’oreiller : 22 septembre. Demande d’emménagement ensemble : 6 octobre.
Donc, désolée si j’avais la tête ailleurs lors de cette réunion où, de toute façon, tout le monde a fini par s’endormir tellement le directeur s’avère assommant.
— D’après ton silence, j’en déduis que tu es ravie de ce départ !
— Oui… heu, non ! Tu ne pourrais pas trouver quelqu’un d’autre pour ce voyage ? Vois-tu, en ce moment, eh bien, mes circonstances personnelles rendent ça difficile. J’ai des tonnes de choses sur le feu, argumenté-je en regardant le désordre qui règne autour de moi.
— Agate, Agate, susurre-t-il à l’autre bout du combiné. Tu n’as pas compris, il n’y a pas d’alternative. Le directeur nous offre une occasion en or, je ne reviendrai donc pas sur ma décision. Tu montes dans cet avion ou ta carrière s’effondre avant même de décoller. Tu ne voudrais tout de même pas finir comme cette pauvre Geneviève… Un burn-out peut si vite arriver. Évidemment, le choix t’appartient…
Je laisse échapper un soupir silencieux d’entre mes lèvres, la boule au ventre. Calvin se montre fourbe comme un serpent et, malheureusement, Geneviève en a fait les frais. Après des mois à travailler comme une dingue, sous pression constante, elle a fini par démissionner.
Comment peut-on prouver le mobbing[2] quand il n’y a pas de preuves ? À aucun moment, je ne souhaite devenir sa prochaine victime.
— C’est bon, j’accepte de partir, confirmé-je à contrecœur.
— Parfait ! Passe demain matin, à sept heures, n’oublie pas. Bref, ma copine m’attend pour aller au restaurant. Saint-Valentin oblige ! Amuse-toi bien avec ton « petit-ami ».
Je lève les yeux vers le plafond tout en secouant la tête, dépitée. Malgré nos cinq années de vie commune, Calvin pense encore que ce salopard qui partage mon existence sort de mon imagination. J’aimerais pouvoir lui révéler quel connard il demeure, malheureusement, il reste mon supérieur. Sans un mot de plus, il raccroche. Je regarde quelques secondes mon Android, puis le lance sur le duvet. Je n’ai pas de temps à perdre avec ce voyage ou avec Calvin. L’urgence en cet instant, c’est de quitter ce lieu avant qu’il ne revienne. Plus que dix minutes !
Je récupère un sac-poubelle, le remplis du surplus d’habits, puis réussis péniblement à tirer la fermeture Éclair de cette foutue valise. Elle pèse une tonne et semble à deux doigts d’exploser, mais qu’importe, elle se ferme enfin ! Dans un sac de sport, j’enfourne mes objets personnels auxquels je tiens. Mes pas me guident jusqu’à nos photos. Nous devant le Mont-Saint-Michel. Lors d’un pique-nique au bord d’un étang. Pendant un souper de Noël chez ses parents. Au mariage de sa sœur. Cinq ans de bonheur et d’amour qui disparaissent en quelques secondes. Que ne donnerais-je pas pour pouvoir revivre ces instants ? Pour me gaver, me soûler de cette joie que j’ai ressentie, qui me fait défaut en ce moment…
Une larme coule le long de ma joue. Je ne prends même pas la peine de l’essuyer, car je sens que d’autres suivront bientôt, malheureusement.
Je pose le sac à mes pieds, puis recueille délicatement les cadres dans mes bras. D’un pas rapide, je me dirige vers la salle de bains. Cette dernière déploie sa grandeur avec ses doubles vasques et sa spacieuse baignoire. Des bougies ornent chaque coin afin de rendre l’endroit chaleureux. Un lieu que nous aimons beaucoup. Un havre de paix où nous laissions libre cours à nos ébats. L’image de nos corps couverts de mousse s’impose dans mon esprit. Ses mains qui remontent doucement le long de mes côtes, puis qui viennent épouser, presser le galbe de mes seins. Nos gémissements qui rebondissent sur le carrelage blanc quand nos hanches se rejoignent, s’assemblent et s’éloignent pour ensuite recommencer. Les vagues qui déferlent et inondent le sol en même temps que celle de la jouissance.
Un soupir m’échappe en réalisant que ces souvenirs appartiennent désormais au passé. Tête baissée, je dépose les photos au fond de la baignoire. J’ai besoin d’une petite cérémonie, d’un adieu afin de commencer… Commencer quoi ? Mon futur va se résumer à de longs mois affalée sur un canapé à m’empiffrer de glace à la mangue tout en regardant film romantique sur film romantique. Voilà ce qui m’attend ! Bien évidemment, après avoir réglé cette histoire de voyage. Je jette un coup d’œil à ma montre : cinq minutes. J’espère qu’il sera en retard pour une fois, surtout qu’il a une bonne raison, d’après ce que j’ai vu !
Une bouffée de colère éclipse temporairement ma tristesse et m’oblige à me bouger. Je retourne en courant dans notre chambre à coucher pour m’emparer de toutes ses chemises, ses cravates et ses costards. Je ne prends même pas la peine d’enlever les cintres. Le tout tombe sans grâce sur les cadres photo. Puis, les dents serrées, je me précipite dans la cuisine. Il me faut mon produit miracle. En plus, j’ai une chance folle, il y a eu une promotion en début de semaine, j’en ai donc acheté deux pour le prix d’un. Si j’avais su, je crois bien que j’en aurais pris quatre !
Le sourire aux lèvres, je dévisse les bouchons, puis déverse leur contenu sur ses habits, une bouteille dans chaque main. Fascinée, j’observe l’eau de Javel s’infiltrer dans les mailles des tissus, mélanger et dissoudre les couleurs dans une grâce digne des grands artistes peintres. Enfin, cette rivière aux teintes mornes glisse sous les vitres des cadres pour effacer à jamais nos instants de joie. En vérité, depuis que j’ai vu cette vengeance à la télévision, j’ai toujours rêvé de pouvoir à mon tour l’exécuter. C’est chose faite. Pourtant, je n’arrive pas à ressentir l’euphorie que jouait l’actrice. À la place, seul un vide sidéral s’installe en moi.
Je m’assieds sur le rebord de la baignoire, les coudes posés sur mes genoux, mon visage reposant dans mes mains. Je me sens perdue, brisée. Quoi que je fasse, ce n’est pas près de s’arranger.
— Mamour, je suis rentré ! crie-t-il, comme tous les jours depuis le pas de la porte.
Je me redresse comme piquée par une nuée de frelons. Mon cœur tambourine dans ma poitrine à une vitesse folle. Le voilà ! Mes mains deviennent moites, mon regard balaie la salle de bains. J’ai l’impression de devenir une enfant sur le point de subir une réprimande. Pourtant, je n’ai pas amorcé les hostilités !
— Agate, tu es là ? demande-t-il.
Ma bouche s’assèche. Je n’arrive pas à prononcer le moindre mot. Seul un gémissement, tel un animal blessé, s’échappe de ma gorge. Il faut que je sorte d’ici. Il est impératif que je prenne mes affaires, que je fiche le camp de cet appartement qui pue la trahison. Tandis que mes pas franchissent la porte de la salle de bains, ce connard imbu de lui-même s’élance vers moi, paniqué. Il pose ses mains sur mon corps pour vérifier que tout va bien et finit par m’enlacer.
— Que s’est-il passé ? On a été cambriolés ? Tu n’as rien, toi ?
Je secoue la tête tout en m’échappant de son emprise. Même son eau de Cologne m’insupporte. Non, je me mens. J’aimerais me réfugier à nouveau dans ses bras. Laisser sa chaleur m’envelopper, son odeur m’enivrer. Je sens mes décisions fondre comme neige au soleil. Je gémis de douleur pendant que son regard se fait plus alarmant.
— Agate, parle-moi, murmure-t-il.
J’ai besoin d’espace pour pouvoir reprendre une certaine contenance. Je déglutis plusieurs fois pour avaler cette boule coincée dans ma gorge. Une vague de panique me submerge. Dans quelques minutes, je me retrouverai seule. J’inspire et expire le plus calmement possible, puis fixe ses prunelles aux reflets de chocolat.
— Je t’ai vu, Enzo, clamé-je les dents serrées.
— De quoi parles-tu ?
— Il y a maintenant une heure et quarante minutes, tu étais attablé avec ta secrétaire.
— Et ? Tu sais bien qu’il m’arrive de boire un café avec elle pour finaliser des projets. Je ne vois pas en quoi ça pourrait te contrarier.
— Ne joue pas au con avec moi, Enzo, crié-je, les nerfs à vif. Tu ne discutais pas, tu l’embrassais à pleine bouche. Je vous ai vus comme je te vois devant moi !
Un panel d’émotion traverse son regard : de la colère, de la frustration, de l’énervement. Pourtant, à aucun moment je ne distingue le moindre remords. A-t-il vraiment réussi à jouer cette comédie pendant si longtemps ? Notre couple ne représentait-il rien ? S’est-il juste servi de moi ? J’ai énormément de mal à le concevoir ou à l’intégrer.
— Merde ! Dis quelque chose. Nie, crie ou acquiesce, mais réagis.
Enzo me regarde me dépêtrer dans ma douleur sans même amorcer un geste. Mon monde part en fumée. Il reste là, raide comme un piquet à me dévisager comme si j’avais perdu la tête. C’est sûrement vrai après tout. Je plonge mon visage ruisselant de larmes dans mes mains.
Je voulais me montrer digne. J’aurais souhaité une autre fin, un happy end comme au cinéma et non une chute vertigineuse vers le pathétique.
— Peux-tu cesser de pleurer ? Ça me donne mal à la tête, bougonne-t-il en reculant d’un pas.
Abasourdie, je baisse les mains, puis le fixe comme si je le voyais pour la première fois. Il se tient toujours aussi droit, seulement quelque chose en lui a changé. Un petit rien qui bouleverse tout. Il rajuste les extrémités de ses manches et repositionne sa cravate bleu roi que je lui ai offerte pour l’un de nos anniversaires. J’ai l’impression qu’il s’équipe pour partir en guerre, cela me glace le sang.
— Écoute, d’une certaine façon, cette situation m’enlève une épine du pied. Ça fait déjà un moment que ça ne va plus entre nous. Nous avançons sur des chemins différents sans vraiment le reconnaître. Avec Gladys, on parle le même langage. On se comprend rien qu’avec un regard. Donc, tout s’arrange mieux ainsi.
Je reçois en plein cœur l’uppercut que je redoutais. Au fond de moi, je souhaitais une explication sur ce que j’avais vu. Je voulais qu’il me remette des œillères, que l’on poursuive notre vie comme avant, même si elle n’incarnait pas la perfection. Ces derniers temps, on s’était éloignés. On ne faisait pratiquement plus l’amour, mais je me raccrochais à des détails en me disant que ça s’arrangerait. Tous les couples ont des crises à un moment donné. Toutefois, que notre histoire finisse ainsi me tord les boyaux. Ses mots deviennent froids, crus, douloureux et surtout, il n’y a aucun retour en arrière possible.
— Je constate que tu as déjà pris les choses en main, formule-t-il en désignant ma valise. Je n’en espérais pas tant de ta part. Je suis agréablement surpris de ta maturité dans cette histoire.
Bouche bée, ses paroles me transpercent le cœur. Où est passé l’homme avec qui j’ai partagé cinq années de ma vie ? Il se montrait tendre, prévenant, compréhensif, tout le contraire de cet être qui me regarde à cet instant. Mes pensées partent dans tous les sens, je n’arrive pas à me sortir de ce brouillard opaque qui m’entoure.
— Je suis désolée, murmuré-je en baissant la tête.
Bordel ! Pourquoi j’ai sorti ça ? C’est à lui de s’aplatir sur le sol, de me demander pardon !
Pourtant, je ne prononce aucune autre parole. J’aimerais hurler, mais à quoi bon ? Je demeure sous le choc, ressentant seulement le besoin de partir. Même si je sais qu’une part de moi pense le regretter, souhaitant se battre pour sauver notre couple, je n’en ai plus la force ou l’envie. Je passe la sangle de mon sac de sport en travers de mon buste, tout en me saisissant de la poignée de ma valise à roulettes sur laquelle repose le sac-poubelle.
Mes yeux fixant le sol, je vois ses pieds se déplacer sur le côté afin de me laisser passer. Il ne cherche même pas à me retenir. Je suis sûre que, si je le lui demandais, il serait ravi de porter mes affaires jusqu’à ma voiture. Les larmes recommencent à couler sur mon visage. Mes pieds me conduisent le long du corridor en direction de la sortie. Tel un automate, j’attrape ma veste, mon écharpe, mes gants et mon sac à main. Enzo, qui m’a suivie, se donne même la peine de m’ouvrir la porte, puis d’appeler l’ascenseur.
Silencieux, nous attendons que la cage de fer arrive pour m’emmener loin de cet appartement qui fut notre nid d’amour.
— Quand voudras-tu venir chercher le reste de tes affaires ?
— Je ne sais pas. On m’envoie à l’étranger dès que j’aurai réglé les formalités de voyage, reprends-je péniblement.
— OK. Je te les mettrai dans des cartons au garage en attendant.
Je hoche la tête quand je pénètre dans l’ascenseur. Au fond de la cabine, le miroir me renvoie une image pathétique. J’ai honte de moi, car, d’habitude, mon caractère respire la passion, la force. Enzo m’a transformée en une femme dépendante à l’amour et je n’aime pas ce que je vois. Je n’ai même pas le courage de me révolter.
Les portes commencent à se refermer quand je plante mon regard dans le sien. Un petit sourire satisfait étire ses lèvres trop fines. C’en devient trop pour moi !
— Je t’ai laissé ton cadeau de Saint-Valentin dans la salle de bains, murmuré-je en ébauchant un sourire à mon tour.
Enzo penche légèrement la tête, essayant de comprendre si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Je vois ses traits se décomposer, imaginant le pire. Il n’a pas le temps de me poser la moindre question que je disparais sous ses yeux hébétés.
[1] L’ESTA est une autorisation de voyage électronique obligatoire pour les ressortissants de pays participant au Programme d’Exemption de Visa (comme la France) souhaitant se rendre aux États-Unis pour un séjour touristique ou d’affaires de 90 jours maximum
[2] Terme pour le harcèlement moral.
