Découvrez en exclusivité les premières pages de Rockstars : Jackson par Lila Collins !

Un chanteur adulé, sexy et hautement dangereux…
Jackson a tout pour lui : une beauté à couper le souffle, un don dans la voix, la gloire, la richesse, un groupe d’amis uni, les femmes… tout… Il en use et en abuse, quitte à ce que ses frasques se retrouvent étalées dans les journaux à scandales.
Jusqu’au jour où tout bascule… Où il franchit la ligne rouge… La pire de toutes.
S’il ne veut pas tout perdre, il doit accepter de se faire suivre H24 par Rosie, une infirmière spécialisée dans les troubles du comportement et de l’humeur. Il n’a pas d’autre choix que d’accepter la proposition de son manager : cohabiter avec elle pendant toute la durée de l’enregistrement du nouvel album de son groupe. Jusqu’à ce qu’il aille mieux. Qu’il montre patte blanche.
Seul bémol : cette fille, il la connaît… d’avant. Qu’il le veuille ou non, elle le ramène à la pire période de sa vie.
Celle où il a plongé en Enfer…

Jackson
J’aime m’envoyer en l’air. Dans tous les sens du terme.
J’aime me défoncer la tête lors de soirées toutes plus dépravées les unes que les autres.
J’aime oublier qui je suis, d’où je viens, ce que les gens attendent de moi.
Mais par-dessus tout, j’aime cet état de transe, d’abandon, à mi-chemin entre l’euphorie, les pleurs, l’instinct primaire de pouvoir réaliser un million de choses sans jamais m’épuiser.
Je suis un dieu. L’unique, le seul. Celui que les hommes détestent et que les femmes adulent.
Je suis moi. Une putain de rockstar au bord du précipice.
Et j’adore ça.

Jackson
— Il ne va pas bien.
J’aimerais que Ryan, mon manager, me foute la paix. Définitivement. J’ai tout donné pendant ce concert privé. Absolument tout. Qu’est-ce que ça peut lui foutre si je me suis envoyé une fan qui m’attendait devant ma loge, les cuisses déjà écartées ?
Je n’ai rien demandé, moi.
Une jolie brune s’est littéralement jetée sur moi. J’allais pas refuser, non ?
— Prends du Viagra, mec.
Chaque mot m’a coûté. Je suffoque.
— Il a dit quoi, le merdeux ?
Moi, un merdeux ?
J’utilise mes dernières forces pour me redresser sur le canapé en cuir de ma suite.
— T’as besoin de baiser, mais tu n’y arrives plus.
Sur l’instant, il me fixe de ses yeux globuleux. Un moment de doute le submerge : a-t-il bien entendu ? Ai-je réellement prononcé ces paroles-là ?
Ouais, mec, t’as tout juste…
Épuisé, je m’affale à nouveau. J’ai vraiment besoin d’un médoc, là.
— Calme-toi, ça ne sert à rien, le calme Jude, mon bassiste.
Et meilleur ami, au passage. Il y a aussi Cameron, le guitariste, et Adam, le batteur. On s’adore… depuis toujours. Moi, je chante. Je ne sais faire que ça.
Et baiser.
Et me droguer.
Et m’enfiler les meilleures cuites de l’Univers. Non, de la galaxie.
Et…
— Il n’a pas à me parler comme ça, ce petit con !
— Ryan…
Jujujudy aurait-il retrouvé sa paire de couilles ?
— Vous allez droit dans le mur avec lui ! Je vous l’ai déjà dit ! Mille fois ! Et quoi ? Vous continuez ? Vous persistez ? Quelle sera la prochaine étape ?
Ryry est vraiment en rogne. Vraiment. Il m’en veut plus que les autres fois.
— Il va reprendre son traitement. Promis.
Pourquoi Adam s’engage-t-il pour moi ? J’ai rien promis. Rien. Ce médoc, je ne le supporte pas. Il m’anéantit.
Puis, ce petit con ne parle jamais. Il aime rester prostré dans son coin à attendre que l’Apocalypse lui tombe dessus. À force de patienter, il risque de s’encroûter.
— Je vous laisse une semaine, les gars. Une semaine. Après, je le vire et je vous trouve un remplaçant.
Il ne peut p…
— Juste une question. Pourquoi vous vous acharnez autant à le sauver ?
Il plaisante, là, le trouduc ?
J’essaie de prendre appui sur mes coudes. Je vais me lever et lui en coller une. Magistrale, même. Son nez s’en souviendra toute sa vie.
— On est frères, lâche Cameron, telle une évidence.
— Frères, vous ? se moque l’autre crétin.
— Ouais, frères, surenchérit Adam. T’as un problème avec ça ?
Adam, je t’adore quand tu causes.
— Moi, un problème ? À regarder cette épave au milieu de vous trois, c’est plutôt vous qui en avez un, de problème. Une semaine, les gars. Pas un jour de plus.
Une porte claque. Il est parti ? Enfin ?
— Frères de sang, enculé ! Frères de sang !
Putain, Jude, tu devrais arrêter de toujours te la ramener avec un train de retard. T’es le meilleur.
Et mon préféré.

Rosie
Cette journée n’aurait pas pu plus mal commencer.
D’une, je déteste les lundis.
De deux, je hais carrément celui qui ouvre le mois d’août.
Quel rapport me direz-vous…
Août veut dire vacances qui, elles, signifient le début des embrouilles de ma vie déjà plutôt compliquée.
Trouver une place en centre aéré, cette semaine, s’avère un véritable parcours du combattant, genre celui que même les militaires les plus émérites, surentraînés, ne parviendraient pas à réussir du premier coup. Même du troisième.
Trois ans que je vis cet enfer estival.
Soraya est trop petite pour intégrer les colonies de vacances, mais bien trop âgée pour espérer dégoter une place en crèche. Les centres aérés sont complets depuis des mois.
« Vous n’aviez qu’à vous y prendre plus tôt, Madame… »
Je vais lui en faire bouffer des « Madame », moi, à la nana de l’accueil de la Mairie.
D’une, je ne savais pas que mes parents partiraient pile à ce moment-là. D’ordinaire, ce sont eux qui s’occupent de leur petite-fille pendant les vacances scolaires et ils adorent ça. Ils n’avaient juste pas prévu d’être invités pour les vingt ans de mariage du cousin de mon père, à Houston.
De deux, dans mon domaine – la médecine en centre hospitalier –, les plannings, jamais fixes, sont susceptibles de changer du jour au lendemain. Qui serais-je pour monopoliser une place alors que je ne suis même pas certaine de la garder ? Puis, faudrait déjà pouvoir la payer. Rien que de penser à l’état de mes comptes bancaires, une remontée douloureusement acide se fraie un chemin le long de ma trachée déjà fortement irritée.
Résultat des courses, je suis fichue. Ou presque.
— Vous avez bien tout noté, Frida ?
— Yeah.
« Yeah », vraiment ? Serait-ce un mélange de « yes » et de « ja », sa langue natale, l’allemand ?
Comprend-elle ce que je lui raconte ? La règle suprême ? Celle que personne, absolument personne, ne doit enfreindre ?
— Pensez à son traitement. À treize heures.
— J’ai tout compris. Je jure.
La pendule m’indique que je suis déjà sacrément en retard pour prendre la relève de mes collègues de nuit.
— D’accord. Si jamais vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à m’appeler à ce numéro, lui tends-je une feuille sur laquelle j’ai noté toutes les informations cruciales.
Je déteste laisser Soraya aux mains d’inconnus. Je ne fais confiance à personne… ou presque. Mary, ma meilleure amie, m’a juré que la jeune fille au pair de la voisine de sa cousine était une perle, disponible pour les deux semaines à venir. Que demander de plus ? Puis, la rentrée des classes aura lieu et toute cette charge mentale fondra comme neige au soleil… pour laisser place à une autre, bien plus pernicieuse. L’achat des affaires scolaires, de nouveaux habits, l’inscription aux activités – quelle idée ai-je eue de lui montrer Ballerina ?
— Je ferai maximum. Je ferai maximum.
Je meurs d’envie de la corriger, mais je n’ai pas le temps. Je dois vraiment y aller. Mon chef, Abel, ne m’accordera jamais les heures supplémentaires que je demande si je ne parviens même pas à gérer correctement le timing de mes propres gardes.
Quarante-cinq minutes d’embouteillages plus tard, une odeur poisseuse de transpiration me collant aux aisselles, j’arrive enfin devant le plus gros centre hospitalier de la ville, le Cendras-Sinai de Los Angeles. J’adore cette ville autant que je la déteste. Après avoir vécu plus de six ans dans sa périphérie, je ne me verrais en déménager pour rien au monde. Le climat me convient, je vénère le soleil, l’océan et l’absence d’un hiver rigoureux. Cela me change de…
Ne pas y penser. Ne pas y penser. Ne pas y penser.
Surtout le premier lundi du mois d’août.
En revanche, pour une infirmière qui peine à joindre les deux bouts, ça pique. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’habiter en banlieue, là où les loyers sont décents et compatibles avec mon mode de vie. Cela ne m’empêche pas d’être dans le rouge dès le vingt du mois.
Le Cendras-Sinai… Lorsque j’ai signé mon contrat de travail, je n’y ai pas cru. L’hôpital le plus respectable de toute la côte Ouest du pays. Là où les stars accouchent, se font soigner, meurent. Ici, on ne s’ennuie jamais. Je pensais que mon salaire suivrait les affres de la célébrité. Que nenni… Je travaille dur pour espérer donner satisfaction. Jusqu’à présent, à chaque entretien annuel, j’ai droit à la même rengaine : « Les budgets sont trop serrés. Désolé. »
On en parle du montant des soins d’une célèbre chanteuse sur le déclin quand elle a trouvé judicieux de refaire ses fesses, sa poitrine, son nez, son visage ? Tout ça le même mois ?
Ou de cet ancien footballeur qui a changé de sexe ?
Les montants encaissés frôlent cent fois celui du prix de la maison de Tom Cruise à Malibu. Et on me sort des « désolé » ? Un jour, j’attraperai ma fierté au vol et trouverai une place ailleurs. Mieux rémunérée.
Quand je serai certaine que mon passé ne me rattrapera plus. Ici, pour une raison qui me dépasse, je me sens en sécurité. Personne ne peut nous atteindre, Soraya et moi. Cela n’a pas de prix.
D’ordinaire, ma journée commence devant l’immense porte menant au hall d’entrée. Aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Une nouvelle star a dû être admise cette nuit. Les paparazzis sont à l’affût, prêts à ronger tout os que le personnel pourrait leur jeter.
Nous n’avons pas le droit de leur parler. Jamais. Sous peine d’être renvoyés sur-le-champ. Ne pouvant pas non plus leur échapper, nous rejoignons nos services respectifs par la porte arrière de l’hôpital, par là où sont sortis les déchets.
À peine suis-je entrée qu’une odeur de dissolvant s’incruste dans mes narines. Je déteste.
— Eh, la plus jolie ! Prête à descendre à la mine ?
Devant moi, posté dans un cagibi qui lui sert de bureau, Oscar me fixe de ses grands yeux noirs. La peau ébène, les lèvres toujours rieuses, il ne se plaint jamais. Pourtant, à bientôt soixante-dix ans, il serait temps pour lui de lever le pied. Malheureusement, sa famille compte sur lui. Surtout ses sept enfants, dont trois d’entre eux étudient encore au lycée.
— Prête, Capitaine ! ris-je en exécutant un parfait salut militaire. Souhaite-moi bon courage… Vu l’agitation devant l’entrée, je crains le pire. C’est qui, cette fois-ci ?
— Holà, ma douce…
« Holà, ma douce… » Six ans que je le connais et jamais il ne s’était encore adressé à moi de la sorte.
— Je crains que celui-ci ne soit pour toi.
Sous-entendu… un bon client pour le service psychiatrique.
— Il est arrivé sanglé. Ils ont dû le sédater. Mais ce n’est pas tout…
« Pas tout » ?
À cet instant, mon bip retentit. Cela fait déjà cinq minutes que je suis censée être présente à la réunion de passation des patients. Si d’habitude, Abel, le chef de service, est plutôt compréhensif, aujourd’hui, il s’agite, me rappelle à l’ordre.
Cela aurait-il un lien évident avec notre nouveau patient ?
— À bientôt, Oscar.
— Passe une bonne journée, joli cœur. Ton cœur, justement, prends-en grand soin.
***
La salle de réunion ne m’a jamais paru aussi silencieuse et agitée à la fois. Trois collègues médecins sont présents, dont mon chef qui m’envoie un regard noir. Les deux psychiatres sont restés malgré leur nuit de garde. Quatre internes les accompagnent. Ils ressemblent à des chiens affamés, prêts à bondir sur un même os déjà bien entamé.
Toute compréhension a quitté Abel. En même temps, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. À force de tirer sur la corde, elle finit par craquer. J’aurais juste préféré que ça arrive un autre jour, pas en pleine crise de… De quoi déjà ? Oscar ne m’en a pas trop dit. Un patient sédaté, sanglé, c’est notre quotidien. Celui-ci n’a juste pas l’air comme les autres. Forcément, ma curiosité grimpe d’un cran. Ici, aucune journée ne se ressemble. Vous voulez croiser des stars mondialement connues ? Des acteurs sexy ? Des chanteurs adulés ? Ne vous escrimez pas à payer des montagnes pour le « Malibu tour », présentez-vous directement aux urgences psychiatriques de cet hôpital. Avec un peu de chance, vous en rencontrerez plusieurs la même journée !
À Los Angeles, les possibilités restent nombreuses. Un acteur de série B qui aurait tenté de libérer un singe du zoo pour en faire son nouveau colocataire – tout ça après avoir ingurgité une dose massive de drogues hallucinogènes avec son producteur véreux. Ou encore une chanteuse, tout droit arrivée de Nashville, qui vient de saisir que la country et la Californie ne font pas bon ménage. Une crise d’hystérie plus tard dans un supermarché lambda, à tenter de détruire des pots de glace à coups de hache, la voici pour un séjour à durée interminée chez nous.
Ou…
Là, je ne vois pas. Vraiment pas.
Le trio de psychiatres me fixe comme si je venais de commettre la plus grosse erreur de l’Univers. Les cinq infirmières, également présentes, s’agitent sur leurs chaises. Je rêve ou elles semblent… extatiques ?
Brad Pitt serait-il enfin notre nouveau pensionnaire ? Après ses récents déboires, nous avions bon espoir de le croiser… Sans succès jusqu’à présent. Mieux ! Henry Cavill et lui en seraient arrivés aux mains pour le rôle d’un héros inconnu de l’univers DC Comics, auraient agressé les agents venus les séparer. Les analyses toxicologiques auraient prouvé un taux fortement élevé de LSD pour l’un, de cocaïne pour l’autre… Deux pour le prix d’un ! D’où la gêne des uns, l’engouement évident des autres.
— Asseyez-vous, Rosie, m’intime mon chef de service.
Aucune excuse ne sera acceptée. Alors, dans un silence de mort, j’obéis. Je vais me taire, reprendre la conversation en cours de route. Tout le monde sait… sauf moi.
— Maintenant que nous sommes enfin tous là, nous allons essayer de rattraper notre retard.
Bim.
Bam.
Je dois vraiment trouver une nouvelle organisation pour arriver à l’heure à chacune de mes gardes. Pourvu que Frida fasse l’affaire pour les jours à venir, que Soraya l’apprécie. Il est temps que le karma m’offre au moins deux semaines de sérénité. Sans ce boulot, je ne suis rien. Personne. Mes dettes s’accumulent. Rien que d’y penser, un nœud atroce me comprime l’estomac.
— Rosie, vous êtes avec nous ?
Nouveau rappel à l’ordre.
Je. Dois. Me. Concentrer.
Ne. Pas. Penser. À. Mes. Comptes.
Encore. Moins. À. La. Maladie. De. Ma. Puce.
Aux. Conséquences.
— Oui, bien sûr.
Je calcule brièvement mes possibilités financières si j’en venais à perdre ce boulot. Elles seraient nulles. Inexistantes.
Abel se racle la gorge avant de commencer son laïus :
— Un nouveau patient est arrivé cette nuit.
Pour l’instant, rien de nouveau sous les Tropiques. Seulement, je ne suis pas dupe. La suite sera différente. Oscar, le nombre de personnes présentes, les messes basses de mes collègues infirmières… Cela ne présage rien de bon.
— Ce cas est très particulier, d’où ma demande de l’équipe au grand complet. Malgré la fatigue. Malgré les retards récurrents, insiste-t-il bien sur ce dernier point.
Aïe.
— Quelqu’un est mort cette nuit ? osé-je demander.
Ceci expliquerait cela. Brad se serait étouffé avec un cachet d’une nouvelle drogue que Henry aurait réussi à lui faire avaler de force après s’être dessanglé et échappé de sa chambre. Tout ça pour se venger. Il est sacrément musclé ; si ça se trouve, rien ne peut l’arrêter. Pas même nos attaches.
— Non, heureusement, poursuit Abel. Cependant, dans les jours à venir, nous allons devoir rester très prudents. Constamment sur nos gardes. Je veux quelqu’un dans la chambre du patient H24. Une surveillance accrue.
Je commence sérieusement à me poser des questions, à m’inquiéter. Depuis mon embauche, ici, jamais, nous n’avons eu à traiter un tel cas.
— Il est arrivé il y a trois heures. Bipolaire, il a stoppé tout traitement depuis des semaines. Ces derniers jours, il a forcé sur le cannabis et les drogues dures. Sans parler de l’alcool. Ses musiciens ont appelé les secours, cette nuit. Une overdose a suivi son pétage de plombs. Ce type vaut des millions de dollars, doit honorer des contrats déjà signés et repartir pour l’enregistrement d’un nouvel album qui aurait dû commencer aujourd’hui. Nous devons le remettre sur pied en trois semaines maximum.
Des musiciens.
Nous avons donc affaire à un chanteur. Je n’aime pas ça.
Des chanteurs connus, ici, il y en a à tous les coins de rue. Arrête de psychoter. Étudie plutôt les nombreuses possibilités.
Chris Martin ? Non. Impossible. Aucune pathologie de connue. Bon père de famille.
Harry Styles ? Peu probable. Il s’est assagi.
Justin Bieber ? Je n’y crois pas. Il vient d’avoir un bébé. Je ne miserais pas là-dessus.
— Pour l’instant, il dort. Nous l’avons sédaté.
— Lavage d’estomac ? poursuis-je, mon intérêt piqué.
— En effet.
— Pour quelle raison devons-nous le surveiller ?
— Il va se réveiller dans la matinée. Vous comprendrez rapidement. Il n’est… pas comme les autres.
Ces indices devraient pourtant éveiller mes premiers soupçons, mais je n’arrive pas à m’ancrer dans les probabilités évidentes qu’il puisse s’agir de… lui.
Il vit à New York.
Aucun concert n’a été annoncé ici.
Je suis leur activité musicale toutes les semaines. Non pas pour tourner et retourner le couteau dans la plaie. Juste pour m’assurer qu’ils vont bien. Qu’ils ont réussi à dompter leurs démons.
À la naissance de Soraya, j’ai promis de disparaître. Je l’ai fait. Pour elle. Mais pas seulement… Je devais passer à autre chose, avancer, oser aller vers la Vie.
S’il devait réapparaître dans la mienne, cela me détruirait. Nous détruirait. Elle a besoin de moi. De ma force. Et de rester à l’abri des projecteurs. Si la vérité sur sa naissance devait faire la Une, ce serait le début de très très gros ennuis, impossibles à gérer.
Il reviendrait sonner à ma porte et demander son dû.
Quelques questions basiques suivent de la part des personnes présentes. Je n’ose toujours pas demander son identité. Si cela devait être Jack, je veux juste encore profiter de quelques minutes de sérénité. Le déni a toujours été mon meilleur ami.
Mes collègues féminines se battent pour passer la matinée dans sa chambre.
Moi, je ne dis rien. Je reste prostrée. Perdue dans mes pensées, mes prières.
— J’ai préparé un planning de la garde à venir. Rosie, vous passerez la vôtre dans sa chambre. Vous m’appellerez dès qu’il se réveillera, m’annonce Abel, les mâchoires serrées. Aucun faux pas. Aucun coup de fil personnel. Je compte sur vous.
Ma punition.
Si, à l’intérieur, je panique, je ne lui montre absolument rien.
— Oui. Vous pouvez compter sur moi.
Que puis-je dire d’autre ?
Me défiler ? Je perdrais mon boulot.
M’excuser ? Je l’ai bien trop fait le mois dernier pour que ça paraisse crédible.
Je suis ferrée.
Il me reste une dernière question à poser. Tous les autres connaissent déjà la réponse, mais moi, j’ai besoin de savoir. D’anticiper. De préparer mes arrières.
— Vous ne m’avez pas dit son nom.
Les mots sortent mécaniquement de ma bouche. Je n’ai jamais autant espéré qu’Harry Styles connaisse une phase accrue de régression. Ou qu’Henry Cavill se soit mis au chant, avec Brad Pitt comme bassiste.
— Jackson Mills.
Mon cœur ne réagit pas instantanément. L’impact met quelques secondes à se produire.
Silencieusement, il me percute de plein fouet.
Il y a quelques années, j’ai cru mourir de l’intérieur. De partout. Après avoir survécu à l’Enfer, je pensais m’en être enfin sortie au prix de gros sacrifices.
De lui. De cet amour. De tout.
Pourtant, là, à cette seconde précise, j’y replonge à pieds joints.
Au milieu de tout ce chaos, je me promets pourtant une chose. Ignorer cet homme que la vie m’a contrainte à abandonner derrière moi. Celui qui doit me détester de toute son âme.
