Découvrez en exclusivité les premières pages de « Not A Reason » par Laura Collins !

Ils n’ont rien en commun… sauf un passé qui les a brisés, et une attirance qu’ils refusent d’avouer.
En entrant à la Sorbonne, Lou ne rêve pas d’une vie étudiante idéale : elle veut simplement survivre. Orpheline, responsable de son petit frère et coincée dans un foyer toxique, elle avance en silence, déterminée à protéger ce qu’il lui reste.
À l’opposé, Nils, héritier d’une famille influente, cache sous son arrogance une douleur profonde qu’il refuse d’affronter. Entre pression familiale, souvenirs qu’il étouffe et besoin maladif de contrôler ses émotions, il ne laisse personne l’approcher… sauf sa sœur.
Quand Lou et Nils se rencontrent, le clash est immédiat : ils se provoquent, se défient, se repoussent – mais chacun reconnaît chez l’autre une faille familière. De cours en confrontations, leurs vies s’entremêlent malgré eux, révélant une attirance qu’ils n’avaient pas prévue de gérer.
Très vite, une question s’impose : vont-ils se détruire… ou se réparer ?

Nils
Oslo, dix ans plus tôt…
— Maman ?
J’hésite longtemps devant la porte de sa chambre. Elle est fermée. Elle veut sans doute que je ne la dérange pas, mais le téléphone n’arrête pas de sonner et Papa m’a interdit de décrocher. Il dit que je ne suis pas assez poli ou que je ne suis pas capable de prendre le message. Je suis seul. C’est la fin de l’après-midi. Liv, ma sœur, est à la danse avec la nounou.
— Maman, le téléphone…
Toujours pas de réponse. Je n’aime pas ça. Ces derniers temps, elle est triste. Parfois, ses yeux brillent. Une fois, je l’ai surprise en train de pleurer dans la salle de bains. En me voyant, elle a souri. Peut-être que si j’entre, ce sera pareil. Alors, j’ouvre la porte. Elle est allongée sur son lit, elle dort. Pourtant, le téléphone se remet à sonner. Pourquoi elle ne l’entend pas ? Je veux bien répondre à sa place, mais je préférerais qu’elle soit d’accord. Quand Papa est en colère, il me fait peur. Et il gronde Maman lorsqu’elle prend ma défense.
— Maman ?
Je m’approche. Mon cœur bat très fort. Sa peau n’est pas comme d’habitude. Quelque chose ne va pas. La couleur de sa peau. Sa bouche grimace. Et sa main… Elle pend de son lit comme si elle était toute molle. Normalement, Maman ne dort pas à cette heure. Aussi raide qu’un bout de bois, je m’avance vers cette main. Je vais la réveiller, elle doit faire un cauchemar. Comme moi dans mon lit, même si je bouge tellement que ma couette se retrouve par terre. Je saisis ses doigts avec précaution. Ils sont froids. Très froids. Je les serre, mais Maman ne réagit pas. Mon souffle se coupe. Je sens la panique monter comme quand je croise le regard sévère de Papa. C’est pas normal, pas normal du tout. Je secoue son bras.
— Maman, réveille-toi, tu me fais peur ! Maman !
Je crie plus fort encore. Je la secoue de plus belle, même sa main, même ses épaules. Rien. Elle ne bouge pas. C’est alors que je les vois sur sa table de nuit. Des cachets comme ceux qu’elle prend pour dormir le soir. Ça lui arrive souvent, elle m’a dit de ne pas m’inquiéter. Le flacon est ouvert, et il n’en reste plus dedans.
— Maman, faut te réveiller. Papa va rentrer. Il n’aime pas quand le repas n’est pas prêt quand il rentre, tu te souviens ?
Ma poitrine me fait mal. Elle devrait se réveiller, je serre fort ses doigts. Des larmes coulent sur mes joues. Je ne dois pas pleurer, je sais. Papa dit que seuls les faibles pleurent, mais Maman ne va pas bien, j’en suis sûr. Je ne sens plus son cœur battre. J’ai peur, je voudrais que Nounou Alma soit là. Ou Papa.
Je crie, je sanglote, je la secoue encore.
Le téléphone a arrêté de sonner. Il y a du bruit dans la maison. La porte d’entrée vient de claquer. C’est Papa. Elle claque toujours quand il arrive. Je sors de la chambre et cours à sa rencontre.
— Papa, viens ! Maman, elle va pas bien ! Elle se réveille pas. Pappa, kom raskt[1].
Il me bouscule et me repousse violemment contre le mur pour s’engouffrer dans la chambre. Je me cogne la tête, ça fait mal.
— Ne reste pas dans mon chemin, toi ! aboie-t-il en norvégien, parce que je n’ai pas le droit de parler français avec lui.
Puis, sa grosse voix remplit toute la pièce :
— Qu’est-ce que tu as foutu, Hélène ?
Il s’agenouille et la prend dans ses bras. On dirait qu’il la berce. Ça ne marchera pas.
— Bon sang, tu peux pas me faire ça ! se met-il à crier.
Maman ne bouge pas. Ne remue pas les yeux. Elle est toute molle. Quelque chose se déchire dans mon ventre. Posté contre la porte, je n’ose plus avancer. Il sort son portable de la poche de son costume et appelle les secours. Je n’entends que ces mots terrifiants : « inconscience », « overdose », « tentative de suicide ». Quand je m’approche du lit, je tremble et sanglote. Il me balance un regard noir et me crie :
— Fous le camp ! Si ta mère meurt, ce sera ta faute ! Fous le camp !
Ma faute ? Mais j’ai essayé de la réveiller ! De toutes mes forces ! Je serre les bras contre mon torse en reculant jusqu’à heurter la commode. Je me laisse glisser sur le sol et ramène mes genoux contre moi. Les larmes coulent sur mon pantalon. Je ne veux pas partir, je ne veux pas laisser Maman. Papa jette son téléphone sur le sol, il glisse sur le parquet. Je le suis du regard, l’écran est fendu. Puis, je le fixe. Papa ne me voit plus. Je ne le vois plus. Je ne vois plus le corps de Maman.
C’est ma faute. Maman ne se réveillera pas et Papa est dans une rage folle.
[1] « Papa, viens vite » en norvégien.
